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  • Clara

Ecrire

« Writing is my passion. It is a way to experience the ecstatic. The root understanding of the word ecstasy — ‘to stand outside’ — comes to me in those moments when I am immersed so deeply in the act of thinking and writing that everything else, even flesh, falls away. » Remembered rapture : Dancing with words, Bell Hooks

Je l’ai déjà fait de nombreuses fois ; il y a des jours où le fait d’écrire m’interroge, où j’ai besoin d’écrire sur le fait d’écrire. Par le passé, m’exprimer là-dessus m’a surtout permis de me souvenir, de me remettre en mémoire pourquoi j’écrivais, dans quel but, en quel nom ; écrire sur le fait d’écrire me servait de post-it de rappel qui légitimait ma passion, me donnait le droit d’écrire, sur n’importe quoi, à propos de n’importe qui, autant que je le voulais, quelles qu’en soient les conséquences. Cette année, même s’il m’est bien sûr arrivé de douter de nombreuses fois de l’avenir de ma passion, d’un point de vue professionnel surtout, je crois être parvenue à ne plus avoir besoin de ces post-it de rappel : l’écriture s’est enfin imposée d’elle-même comme légitime et évidente, corporelle même, à tel point que, pour la première fois depuis mes neuf ans, j’ai partagé mon travail. Je ne sais pas si cette soudaine volonté de partage est née d’une foi nouvelle en la qualité de mon écriture, ou simplement du fait d’assumer enfin qu’écrire était ce qui m’importait le plus au monde. Je ne sais pas. Mon père m’a posé cette question, l’autre jour, alors que je me plaignais des répercussions de mon partage sur mon entourage, sur ma vie intérieure, sur mon estime de moi-même. Il m’a demandé pour qui, pour quoi j’écrivais, au fond. Et je n’aime pas ce genre de questions. Suis-je vraiment destinée à me reprendre en pleine face, à chaque étape de ma vie, mon avidité de reconnaissance, mon incapacité à faire les choses dans l’ombre ?

Vega m’aura donné de nombreuses leçons de sagesse, au cours de cette année que nous avons partagée en colocation, mais la plus grande, celle que j’ai toujours du mal à appliquer à ma propre existence, m’a été délivrée au cours de ce confinement. Ayant évolué presque toute sa vie au travers d’énergies jalouses, envieuses et admiratives entretenues par ses pairs, elle avait été forcée de réfléchir au succès : on est rarement récompensé comme il se doit pour être une personne aussi intelligente, aussi mesurée, aussi juste, aussi douée, aussi ouverte, aussi créative. On a beau s’efforcer d’être le plus bon possible envers qui que ce soit, la bonté nous est rarement rendue. Aussi, il fallait apprendre à faire les choses pour soi : ne plus attendre des autres qu’ils aient un rôle, qu’ils prennent part à ce que nous accomplissons, à ce que nous sommes, à ce que nous essayons de devenir, par la réception de compliments, d’une validation, d’un soutien. Il faut apprendre à faire les choses parce que nous avons envie de les faire, et pas parce qu’il serait bon de les faire. Et surtout, surtout, ne pas s’en vanter, ne pas trop en parler, ne pas prendre trop de place. C’est de ce processus d’égalité envers soi-même que nait une réelle indépendance, une réelle maturité ; mais aussi, un respect de soi-même, un respect des autres, une confiance en soi, en son travail, parce qu’en réalité, la première et peut-être unique personne capable de valider son travail, c’est d’abord soi.

C’est pendant l’interrail, à la terrasse d’un café, devant mon sandwich, que l’écriture est revenue me foutre une claque. J’avais peu écrit au cours de ma terminale, mis à part quelques pensées à droite à gauche, et des lettres pour mon ex que je ne lui ai, pour la plupart, jamais envoyées ; c’était mon année musique, elle manquait cruellement de mots, au point que j’avais ressenti un besoin pressant, voire oppressant, mais surtout une excitation intense à l’idée de me rattraper. C’est au cours de cet été que j’avais entrepris de rédiger le mémoire de mes années de lycée, dans les moindres détails, au nom de je ne sais quoi. Du souvenir, peut-être ? Ou peut-être de la simple envie de parler de moi ? C’est précisément ce que mes amies avaient souligné, à l’interrail, et elles n’avaient sûrement pas mesuré la violence que leurs mots avaient eu sur moi : est-ce que ce ne serait pas purement égoïste, l’écriture, finalement ? Est-ce que ce ne serait pas seulement un moyen de revenir à soi constamment, sous toutes les formes littéraires possibles ? Parce que oui, c’est vrai, chaque texte parle de son auteur, d’une manière ou d’une autre, même les fictions, même les essais. Les mots contiennent toujours une part d’autobiographie dans leur assemblage. Cette vérité m’avait transpercée. Alors, j’étais si égoïste, si auto-centrée que ça ? J’avais grandi, j’assumais désormais ma capacité à beaucoup parler, à m’exprimer librement et longuement, à partager, sans difficulté presque, mes émotions, mes peurs, ma vie. Mais j’avais toujours espéré ne pas me résumer à ça. Et voilà qu’on me faisait redescendre de mon nuage : écrire revenait, en quelques sortes, à regarder son nombril.

Au fur et à mesure de mes textes, au fur et à mesure de mes partages, je suis plus ou moins parvenue à passer au-dessus de tout ça. Quelle importance si, pour l’instant, à seulement dix-huit ans, la seule chose que j’étais capable de faire à l’écrit était de parler de moi, du moment que je le faisais bien, et que j’aimais ça ? Tout reposait sur la forme, de toute façon. J’ai été forcée de me rendre compte que j’appréciais énormément les autobiographies d’écrivains ; certes, ils ne faisaient que raconter, décrire des faits personnels, à des millénaires de ma vie à moi, et pourtant, à travers leurs assemblages et leurs choix de mots, dans lesquels se loge en réalité leur talent, il y avait aussi une part de moi, lectrice. Parce que chacun fait résonner les mots qu’il lit à sa manière, du moment que ces mots lui plaisent, ou pas d’ailleurs. Pour parvenir à cette réflexion, j’ai reçu deux avis contraires : celui de mon père, que son propre père surnommait Analyse pour sa capacité à rendre toute situation cérébrale, et celui de Vega, qui ne voyait pas de but à l’analyse, et se questionnait sur sa bienveillance. J’ai eu du mal à entendre Vega, parce que son point de vue semblait remettre ma vie entière en question. J’étais comme mon père : moi aussi, j’analysais tout. Ce point de contact nous avait d’ailleurs rapprochés il y a quelques années, lui et moi. Je crois être à peu près sûre qu’il apprécie mes analyses écrites, les trouve pertinentes, intelligentes. J’ai toujours pensé que c’était ce que je faisais de mieux, de toute façon. Analyser. J’avais grandi en analysant, c’était ce qui m’avait construite, ce sur quoi avait reposé une bonne partie de mes amitiés. Maintenant que je n’étais plus une petite fille, et d’ailleurs presque plus une adolescente, ma vie s’étant à peu près construite et reposant sur des repères stables que je n’avais plus besoin d’analyser et remettre constamment en cause, c’était sur l’écriture qu’avaient abouti mes réflexes cérébraux. D’où la petite tristesse que m’ont provoqué les mots de Vega. Où était la place du lecteur dans une analyse d’auteur ? Par quelle brèche pouvait s’infiltrer l’interprétation si tout était déjà interprété dans le texte ? Avons-nous le droit d’analyser tout et n’importe quoi ? Et puis, finalement, cette vérité : quel est le but de l’analyse ? A quoi ça sert ?

Je répondrai que l’analyse, c’est un prétexte pour parler, pour écrire, pour s’exprimer tout simplement. J’ai d’ailleurs assez vite compris que ce n’était pas parce que l’on questionnait le but et l’intérêt de quelque chose que cette chose n’avait pas lieu d’être, pas le droit d’être. Mon ego meurtri a donc guéri rapidement. Chacun ses goûts, en fait. Certains vont se passionner pour des essais de philosophie dont les contenus ne sont que le fruit d’une analyse d’auteur, quand d’autres vont préférer se divertir par la lecture de récits de science-fiction ou se retrouver dans une autobiographie romancée. Et puis, malgré tout, toute analyse peut donner lieu à un débat, à des oppositions d’analyse contre analyse. Toute analyse peut être complétée par une autre. Finalement, est-ce que l’analyse ne relèverait pas davantage du partage que n’importe quelle autre production littéraire ? Chacun son point de vue, aussi. Quant à la bienveillance, c’est encore autre chose…


« I believe in the reality of work. Period. I do not distinguish between creative and critical writing because all writing is creative… And all writing is critical, requiring the same shifting, selection, scrutiny and judgement of the material at hand. » Voice Lessons: On Becoming a (Woman) Writer, Nancy Mairs


« When we absorb literature, we come face to face with ideas, experiences, and emotions that we might never otherwise encounter in our lifetime. When we read history, we encounter people from different age and learn from their triumphs and travails. When we study physics and biology, we comprehend the mysteries of the universe and human life. And when we listen to great music, we are moved in ways that reason cannot comprehend. This may not help make a living, but it will help make a life. » ‘In Defense of Today’s Youth’, In Defense of a Liberal Education, Fareed Zakaria


Ces derniers jours m’ont beaucoup appris en terme de maîtrise de moi-même et de mon bien-être. Pour la première fois depuis la création de mon blog en février, et avant ça le partage de mes textes à quelques uns de mes proches, l’un de mes écrits s’est vu doter d’une réelle visibilité. Je me suis retrouvée en proie à un milliard d’émotions. D’abord, la surprise : tout est allé très vite. Puis, la gratitude, la reconnaissance, la tendresse, un sentiment à l’exact opposé de la solitude, comme si les énergies de nombreux individus étaient en train de se fédérer autour de moi : en l’espace de deux jours, j’avais reçu une cinquantaine de messages, dont certains étaient de vrais pavés, plus touchants les uns que les autres, empreints eux-mêmes d’une gratitude qui générait la mienne, dont beaucoup étaient des témoignages, des remerciements, des encouragements, des compliments. Et puis, la panique, totale : tout est vraiment allé très vite. Les dizaines de partages sur les réseaux sociaux, les likes grimpant jusqu’au nombre de cent, les encouragements à me faire publier, à faire remonter mon texte plus haut pour, allez, pourquoi pas, tenter de changer les choses ? Ma panique a fatalement dû se solder sur un appel tout en larmes à mes parents, dont j’apprécie le réalisme et l’intelligence, mais dont j’aurais quand même davantage aimé recevoir le soutien parental et affectif le plus pur plutôt que de virulents et automatiques conseils et avertissements sur les éventuels aspects juridiques et diffamatoires de la chose. A toutes ces étapes distinctes sont venues se greffer d’autres angoisses : notamment, comment vais-je réussir à rebondir, à produire d’autres textes aussi résonnants, aussi réussis, aussi justes, aussi importants, en quelques sortes, que celui-ci ? D’un coup, le succès de mon texte m’est presque apparu comme un coup de chance opportuniste : j’avais profité d’un sujet qui, certes faisait partie de moi, mais concernait un large nombre de personnes spécifiques et ne pouvait pas, logiquement, les laisser indifférentes. Mon succès n’avait rien à voir avec la qualité, la qualité littéraire de mon récit, au fond. Finalement, au terme de ces trois jours a ressurgi la gratitude puis, enfin, le calme : mon article venait d’être relayé par un blog influent dans le monde de la danse, j’avais l’appui et le soutien de figures lointaines et supérieures à moi, et mes proches commençaient vraiment à s’intéresser puis à lire mon texte, et enfin, à m’en parler. Mais au-delà de tout ça, il y avait un mot, un seul : « distance ». Je suis, enfin, parvenue à tout distancier, à tout séparer, à tout remettre à peu près à plat : mon texte avait certes une symbolique particulière, ce qui expliquait partiellement et d’ailleurs largement son succès, mais il avait apparement aussi de la valeur littéraire, en terme de ton, de justesse, de choix ; de plus, ce n’était pas parce que j’avais fait l’objet d’un mini buzz dans un milieu quoi qu’il en soit assez fermé qu’il fallait que je me monte la tête ; et enfin, je commençai à accepter la distance de mes proches, normale, légitime, saine.

Je commence à prendre conscience petit à petit des conséquences que l’écriture, quand elle se partage, peut avoir sur un auteur. Je commence à visualiser, à concrétiser cette « malédiction » de l’écrivain : contre toute attente, ce sont rarement ses proches qui le lisent le plus. Peut-être que c’est parce que l’écriture est une chose trop personnelle, qu’elle révèle des choses bien plus profondes, bien plus sensibles, et que les mots, une fois matérialisés sur un document Pages, paraissent plus violents et parfois plus sombres que s’ils étaient prononcés à l’oral. La source de ce phénomène se trouve indéniablement dans ce répit propre à l’écriture : elle ne convoque pas la même rapidité, pas la même spontanéité qu’une conversation orale. Pourtant, j’ai toujours considéré que j’écris comme je parle : j’écris vite, je crache davantage mes mots sur mon ordinateur que je ne les rédige, ne reviens que très peu sur mes textes après leur première rédaction, à tort sûrement, souvent. L’écriture n’a jamais été pour moi une thérapie, un genre de psychologue littéraire, un moyen de me soulager : mes mots ont toujours été le fruit d’une pensée déjà prête, déjà presque rédigée à l’intérieur de ma tête, comme si mon cerveau faisait d’abord tout le boulot indépendamment, et qu’une fois les idées devenues suffisamment claires, elles se poussaient, se bousculaient, hurlaient leur vérité, jusqu’à atterrir spontanément sur mon document Pages. J’ai toujours envisagé des buts, des issues, des fins à mon écriture ; je l’ai toujours considérée comme un métier. J’ai du mal à considérer mes textes comme des objets de création artistique : comme je l’ai déjà expliqué à mes parents et à certains de mes amis, mes textes, c’est moi. A l’exception près que je choisis la forme, les mots que je veux me donner. Depuis que j’ai pris la décision de privilégier le non-style, la simplicité, l’honnêteté, la sincérité, à un style littéraire particulier, j’ai appris à ne plus dramatiser mes pensées à l’écrit, à ne plus les rendre plus violentes qu’elles ne le sont par le simple fait de les rédiger. C’est peut-être d’ailleurs véritablement pour cette raison que je me suis mise à partager : mes mots s’étaient enfin débarrassés de la violence exacerbée et dramatisée dont ils étaient empreints auparavant, dans ces textes dont j’avais honte et que je ne pouvais faire lire à personne. Je tends vers plus de sincérité, de vérité, d’honnêteté envers moi-même et les autres dans ma vie de tous les jours, et mon écriture a pris la même direction. De fait, je vis d’autant plus mal les rejets, l’indifférence : j’ai le sentiment faussé que quiconque rejètera un de mes textes me rejètera moi aussi. Mais je sais que ce n’est pas vrai. Comme m’en a convaincu mon père, à qui j’exposais mon malaise face à l’incompréhension et la partielle indifférence de mes proches, qui relève en fait plus de mes attentes trop hautes que d’un réel silence de leur part, lire un texte requiert du temps, de l’investissement. Ce n’est pas la même chose qu’écouter une chanson. Il faut être disposé à recevoir des mots, avoir le temps d’être disposé, et en avoir envie, surtout. Et on ne peut jamais reprocher à quelqu’un de ne pas avoir envie de quelque chose. Ca n’avait rien à voir avec une absence de soutien et d’amour, en fait. Maintenant, je le sais.

Les citations qui suivent traduisent parfaitement l’urgence que je ressens de m’efforcer à écrire mes textes le plus simplement possible, à les rendre le plus accessible possible. C’est ce que je regrette, ce que je reproche à la plupart des écrits académiques que nous sommes amenés à étudier : les analyses, philosophiques par exemple, ne sont que rarement généreuses, dans le sens où leurs auteurs emploient des termes compliqués, des tournures de phrases longues et tortueuses, qui rendent les choses qu’ils tentent de simplifier en les rédigeant plus incompréhensibles encore. Et de fait, moins accessibles, moins universelles, moins inclusives.


« I often engage in a thinking and writing process where I am pushing myself to work with ideas in a way that strips them down, that cuts to the chase and does not seek to hide or use language to obscure meaning. The longing to pattern the words and ideas so that they are ‘in your face’ — so that they have an immediacy, a clarity that need not be searched for, that is present right now — (…) » Remembered rapture : Dancing with words


« Words are powerful, and what we do with them makes their power evident. When people write, they use that power — to present an argument, to convey new knowledge, to tell a story. Sometimes they write to change the way others see things, and in that sense they write to change the world.

Academic writers are no exception to these general principles. We write to make a difference too. Yet to our own chagrin and our reader’s loss, we often fail to communicate effectively. Our research may be rigorous, our analyses sound, and our conclusions thoughtful. Yet the importance, much less urgency, of our works is lost if it is perceived — and dismissed — as ‘academic’: bookish and clever, but in the end, of little consequence, if not irrelevant. We don’t help matters by producing scholarship that only the most specialized audience of our peers can understand, much less appreciate. » The Future of Scholarly Writing, Angelika Bammer


Le plus dur, c’est d’accepter les limites. D’accepter qu’il y a des choses que l’on ne peut pas dire, pas écrire, pas rendre publiques. Mais est-ce qu’il faut vraiment se plier à ces règles ? Je viens de terminer le livre autobiographique, à succès par ailleurs, de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, qui raconte l’histoire de sa famille. Ma mère m’a appris que, en dépit de toutes les précautions qu’a prises l’auteur, de toutes ses inquiétudes qu’elle a confessées au sein même de son livre, une partie de sa famille s’était fâchée avec elle après la publication. C’est si courant, et si triste, mais si normal aussi. J’ai l’impression que chaque écrivain, à un moment ou à un autre, est confronté à cet inévitable sacrifice : c’est au nom de leur métier, de ce métier si primitif, si personnel, qui convoque tant de leur propre personne, qu’ils sont parfois contraints de sacrifier ce qu’ils ont de plus cher, à savoir l’estime, la pudeur, la simple présence de leurs proches. C’est là que se pose la question de la compatibilité entre bienveillance et analyse : analyser une personne, c’est avant tout pénétrer son intimité, s’en emparer à des fins intellectuelles, littéraires, personnelles, c’est utiliser l’humain, quelque part. On ne peut pas tout dire, on ne doit pas tout dire, pour ne pas blesser, trahir. Malheureusement, j’ai peur de ne jamais pouvoir me plier à cette règle : l’écriture me dépasse parfois tellement que je me retrouve à écrire sans même réfléchir des vérités qui ne devraient pas, en théorie, être révélées au public. Je ne supporte pas ce malaise que l’idée de publier des écrits sur ma famille me provoque. Je sais qu’il est inévitable, mais je n’ai pas envie de le respecter. Je n’ai jamais su fermer la bouche, m’empêcher de parler ; je ne suis pas sûre de savoir m’empêcher d’écrire non plus, mais je trouverai peut-être la force de m’empêcher de publier.

Je ne sais pas si ce texte est le bon endroit pour écrire ce que je m’apprête à écrire. Mais je voulais exprimer ma gratitude envers tous ces gens qui m’ont apporté leur soutien, de quelle que manière que ce soit, suite à la publication de mon mémoire sur l’Opéra. Les remerciements et témoignages de la plupart d’entre eux ont révélé une chose à laquelle je ne m’attendais pas : beaucoup évoquaient une amnésie, une inconsciente volonté de leur part d’avoir repoussé dans les recoins les plus obscurs de leur mémoire leurs souvenirs à l’école, leurs expériences plus ou moins douloureuses. Et, au lieu de me reprocher de les avoir déterrés, ils m’ont remerciée. J’ai trouvé ça fou, infiniment touchant, et surtout très surprenant. Jamais l’idée ne m’avait traversé l’esprit que les gens pouvaient faire le choix d’oublier, et y parvenir, moi qui n’ai jamais réussi à le faire, moi qui me tourne sans cesse vers le passé, moi qui vit presque à travers lui, parfois. Le plus fou à été de constater la nature de l’impact que ce texte a eu, un impact que j’imaginais très différent lorsque je rédigeais : j’avais en tête de destiner ce texte à mes proches, à mes « nouveaux » proches, à ceux qui ne me connaissaient pas à l’époque des événements que je décris, qui ne connaissent presque rien de ce monde, et à qui j’avais partiellement raconté les choses sans jamais réellement les détailler correctement, parce que c’est impossible, à l’oral. J’étais loin de la volonté d’en faire un récit presque polémique, révélateur. Je le voulais documentaire, instructif et personnel. Je souhaite de tout mon coeur être parvenue à joindre les deux optiques de la manière la plus saine possible. Et je remercie chacun ayant pris le temps de considérer mes mots avec justesse, tolérance et intérêt.


« I write to live. » Remembered rapture : Dancing with words


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Image: Aurélia Trutet http://www.aureliatrutet.net

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